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Avec l'explosion des cours, le pétrole alsacien redevient attractif

Abandonnés depuis belle lurette par les grands groupes, les gisements de pétrole alsaciens redeviennent attractifs malgré leurs faibles rendements grâce à la flambée des cours, à la grande joie des deux derniers exploitants de la région.

Le pétrole alsacien redevient attractifDans l'extrême nord de l'Alsace, à Oberlauterbach, s'active au milieu d'un champ de maïs la silhouette emblématique d'une petite pompe à balancier. Le gisement aujourd'hui épuisé de Pechelbronn, berceau de l'industrie mondiale du pétrole exploité entre 1735 et 1965, n'est qu'à une vingtaine de kilomètres à vol d'oiseau.

Le forage creusé à 600 mètres de profondeur remonte à 1983. L'exploitant de l'époque, Elf (l'actuel groupe Total), l'avait abandonné au bout d'à peine trois ans, quand il n'en tirait plus que deux barils par jour. "J'ai fait le pari que le gisement avait dû être mal exploité et je me doutais qu'on arrêterait bien un jour de brader les barils de pétrole", explique à l'AFP Philippe Labat, un ingénieur polytechnicien à l'origine de la reprise de la concession dix ans après son abandon. Le pari s'est révélé payant.

"Aujourd'hui, après optimisation, il en sort quinze à seize barils par jour. Ce n'est rien pour un grand groupe, mais pour moi c'est rentable", explique-t-il. Sa société, Oelweg, n'emploie en effet qu'un salarié à temps partiel et les coûts d'exploitation restent plus ou moins fixes, alors que les cours du brut n'ont cessé d'augmenter.

"A l'époque où nous avons débouché le puits, en 1998, le baril n'était qu'à dix dollars", se souvient Philippe Labat. Alors qu'il vient de battre fin juillet le record des 147 dollars, "nos bénéfices, et ceux de l'Etat qui en taxe un tiers au passage, ont progressé dans les mêmes proportions", admet-il.

Spécialisé dans les gisements à faible rendement ou en fin de vie, le groupe français Géopétrol SA exploite pour sa part les trois autres concessions alsaciennes encore en activité, celles de Scheibenhard et du Schelmenberg à quelques kilomètres d'Oberlauterbach, et celle d'Eschau au sud de Strasbourg. Rachetées à Elf en 1994, elles produisent entre 950 et 1.000 barils par semaine.

"Pour une petite PME comme nous, cela vaut le coup", explique son directeur général Bertrand Launois. Découverts assez récemment (1957 et 1983), ces gisements qui n'occupent que quatre salariés à temps plein tiendront encore une dizaine d'années, avance M. Launois.

Et peut-être plus car "la hausse des cours augmente leur rentabilité et donc leur durée de vie.

Elf ne les aurait d'ailleurs peut-être pas vendus si le baril avait été à 100 dollars à l'époque..."De fait, le cours élevé suscite "un regain d'intérêt pour les gisements alsaciens", relève-t-on à la DRIRE Alsace, d'autant plus que le code minier français autorise en théorie n'importe quel particulier à rechercher du pétrole sur son terrain et à le vendre.

Géopétrol s'est d'ailleurs lancée dans la prospection de nouveaux gisements.

En Alsace, elle a obtenu un permis d'exploration pour la région de Soufflenheim. Il faudrait néanmoins un miracle pour que l'Alsace devienne un nouvel Eldorado de l'or noir: ses quelque 6 000 tonnes annuelles représentent à peine 1% de la production française qui, avec moins d'un million de tonnes extraites pour l'essentiel du bassin parisien et de l'Aquitaine, ne couvre qu'environ 1% de la demande nationale. Et en chiffres cumulés, la production alsacienne de pétrole brut depuis le XVe siècle ne représente ...qu'à peine deux semaines de celle du Koweït.

Yann OLLIVIER (AFP)

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