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Le portrait du mois : Jean Weissenbach, l'un des meilleurs experts mondiaux en génomique

Jean Weissenbach, que le professeur Jean Bernard avait qualifié de «Vasco de Gama de la science», fait partie des meilleurs experts mondiaux en génomique.

Portrait réalisé par Françoise Elkouby

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Jean Weissenbach à l'Institut de Génomique

Ses travaux ont permis à la ge?ne?tique de faire des pas de ge?ant, depuis les balbutiements du se?quenc?age jusqu'à la séquence complète du ge?nome humain. Ses travaux et ses nombreuses publications dans les revues scientifiques -- plus de 400 -- lui ont valu, tout au long de sa carrière, de nombreux prix dans le monde, dont la plus haute distinction scientifique française, la me?daille d'or du CNRS en 2008. Il dirige, depuis 1997, le Génoscope, Centre national de séquençage intégré à présent à l'Institut de Génomique du CEA.

Jean Weissenbach est né à Strasbourg il y a 63 ans. Il souligne qu'il est resté 100 % alsacien et très modérément parisien. Il parle le dialecte et n'a pas manqué de le faire devant un public interloqué, lors de la remise de la médaille d'or dans le grand amphi de la Sorbonne. Cela fait pourtant bientôt 30 ans qu'il a quitté Strasbourg et le laboratoire de l'Institut de Biologie Moléculaire où il a fait sa thèse. Nous nous sommes rencontrés dans une winstub bien typique strasbourgeoise, dont il aime retrouver l'ambiance et les saveurs. L'homme est modeste et possède ce genre de rigueur assez caractéristique des scientifiques.

Jean Weissenbach au sommet d'un col de l'HimalayaInfatigable, vous gravissez les sommets, ceux de la science tout comme ceux des montagnes ? En effet, j'ai été à bonne école dans mon enfance. Mes parents nous emmenaient pratiquer la randonnée dans les Vosges et dans les Alpes. J'ai gardé une prédilection pour la haute montagne, notamment les Alpes, mais aussi l'Himalaya . Quant à la science, alors que je n'étais encore qu'un tout jeune chercheur, j'ai vite compris qu'il fallait atteindre un sommet le premier pour obtenir une reconnaissance de la communauté scientifique. Aussi, ai-je franchi patiemment les étapes et les obstacles sans dévier de la trajectoire.

Voir loin a toujours caractérisé Jean Weissenbach

Votre fort attachement à la nature et à l'environnement se traduit-il par les nouveaux défis scientifiques ? Les enjeux environnementaux sont cruciaux et m'interpellent fortement, comme la communauté scientifique dans son ensemble. Aussi, je souhaite finir ma carrière en contribuant aux avancées dans des domaines débouchant sur des applications dans le secteur  de l'environnement. Nous nous intéressons plus particulièrement aux bactéries de l'environnement, dont nous ne connaissons que peu de choses à l'heure actuelle, alors qu'elles jouent un rôle majeur dans la dépollution de notre planète.

C'est votre révolution verte ? Si vous voulez. Les bactéries savent faire deux sortes de choses: d'une part, dégrader des substances chimiques polluantes, mais aussi synthétiser des molécules chimiques complexes comme par exemple des médicaments. En un mot, elles font de la chimie proprement, ce qu'on appelle aujourd'hui de la chimie verte. Or, la chimie industrielle de synthèse, grande consommatrice d'énergie, principalement de pétrole, de matières premières et grande pollueuse, va devoir modifier ses pratiques de manière radicale si nous voulons vraiment nous engager dans la voie d'un développement durable.

Imiter la chimie pratiquée par le vivant est à mon sens la manière la plus efficace et la plus simple de faire de la chimie verte. Grâce aux enzymes, il est souvent possible de remplacer des catalyseurs très polluants, de travailler à basse température, sans solvants avec des rendements élevés et sans sous-produits nocifs. Grâce à ce phénomène de biocatalyse, la production chimique pourra à terme s'effectuer dans l'eau ou dans les bactéries.

Vous travaillez aussi sur les communautés microbiennes prélevées dans les boues des stations d'épuration ? Oui dans le même but. Mal connues et plutôt négligées, les bactéries jouent un rôle crucial dans l'écologie de la planète puisqu'elles dégradent les déchets dans la nature. Mais souvent, elles ne peuvent pas être mises en culture, par conséquent la seule approche possible est de connaître leurs gènes par le séquençage. Nous cherchons à répertorier ces bactéries, reconstituer leur génome et inventorier les gènes liés aux fonctions enzymatiques pour la biodégradation ou pour la biosynthèse. En somme, ce sera une belle contribution des Sciences du Vivant à la Chimie durable du futur.

Vous avez séquencé le génome de la vigne ? Après le génome humain et quelques autres, nous avons appliqué notre savoir-faire du séquençage au génome à la vigne. Mieux encore, nous avons séquencé un pied de Pinot noir d'Alsace cultivé à l'INRA (Institut National de Recherche Agronomique) de Colmar. La séquence du génome de la vigne fut publiée dans la revue «Nature». Ce fut aussi une première. 
Et quels sont les enseignements que l'on peut tirer de cette séquence ? Pour l'instant ils sont surtout d'intérêt fondamental, notamment dans le domaine de l'évolution des plantes. Mais dans les années à venir, la séquence permettra de trouver les facteurs génétiques qui renforcent la résistance aux maladies très fréquentes chez la vigne. A terme, cela permettra de réintroduire par des croisements avec des variétés sauvages résistantes, des facteurs de résistance aux maladies et ainsi, de cultiver la vigne en réduisant considérablement les pesticides utilisés fréquemment et en quantité non négligeable par les viticulteurs.

La viticulture, mon activité secondaire au Domaine de Babiol chez ma fille Cécile

La viticulture et l'oenologie sont votre passion ? Dès mon adolescence, je fus à bonne école, car mon père, pharmacien à Schiltigheim, avait une cave bien fournie. Il m'avait appris à apprécier les bons vins et transmis cette connaissance des terroirs. Plus tard, étudiant à la faculté de Pharmacie, je participais presque chaque année au voyage d'étude de l'amicale des étudiants qui se déroulait souvent dans une région vinicole. Mais, nous avions la fâcheuse tendance de nous intéresser à la quantité plutôt qu'à la qualité!. Et-je crains d'avoir transmis le virus du vin à ma fille Cécile. Après des études de biologie et d'oenologie, elle s'est lancée en 2004 dans la viticulture et la production de vins sur son Domaine de Babio, dans le Minervois, au nord de Narbonne. Et.. j'avoue que j'en ai fait mon activité secondaire, car, au moment des vendanges, ou à la saison de la taille, je suis présent à la vigne, cisaille à la main ou à la cave. J'ajoute que je suis très admiratif de ma fille, car elle a choisi une voie difficile. J'ai bon espoir car ses vins commencent à être reconnus et médaillés.

Vous avez accepté d'entrer au Club des Ambassadeurs d'Alsace. Qu'est ce qui fait un bon ambassadeur d'Alsace ? Il possède en premier lieu une bonne cave de vins d'Alsace. A ce propos, je constate que les vins d'Alsace, même les Riesling, ne sont plus aussi secs, minéraux qu'ils l'étaient, probablement en raison des changements climatiques. Parfois je songe à créer le club des amateurs d'Alsace sec ...

A propos de l'Alsace, quelles sont ses valeurs fortes ? La force de l'Alsace réside en plusieurs facteurs. Tout d'abord, notre région ne cultive pas le nombrilisme, mais au contraire l'ouverture tout azimuth, les connections avec l'Allemagne, la Suisse, les régions françaises limitrophes et au delà. Elle n'est pas (comme Paris croit parfois encore l'être) le centre du monde. Un autre facteur spécifique est cette forme de respect du bien public, ce sens de la responsabilité devant le collectif. Enfin il y a cette recherche de consensus, qui fait des Alsaciens des gens responsables, respectueux d'autrui et de la parole donnée.
Je crains une banalisation de notre région si elle ne préserve pas le bilinguisme aujourd'hui en fort déclin, et le biculturalisme qui restent sa véritable spécificité et sa force. L'avenir de l'Alsace passe aussi immanquablement par l'attractivité de Strasbourg, de son université et de sa vie culturelle. L'Université fut une vitrine tantôt pour la France face à l'Allemagne, et tantôt inversement. Il serait important qu'elle retrouve une attractivité et un rayonnement renforcés pour demain.

Questionnaire chinois : Si l'Alsace était...

  • un objet : une brouette
  • un moment : un jour de novembre dans le brouillard et les frimas
  • une personne : Dinah Faust
  • un lieu : le vignoble autour de Boersch-Rosheim, sans prétention ni tape à l'œil
  • une musique : un morceau de J.S.Bach interprété sur un orgue dans une église
  • un animal : un bon toutou affectueux
  • une oeuvre d'art : la cathédrale de Strasbourg
  • une couleur : le vert chlorophyle

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Lundi 1er mars 2010 : découvrez le portrait de Daniel Kahn, avocat à la pointe des nouvelles technologies et de la croissance.


Lire les portraits réalisés par Françoise Elkouby :

 

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