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A la recherche des secrets des mines médiévales des Vosges

A quelques mètres de l'entrée d'une des plus vieilles mines d'argent des Vosges, des archéologues font sonner leurs truelles au pied d'un pommier pour tenter de faire parler les vestiges de cette industrie médiévale dont on ne sait pratiquement rien.

 J.-L. Stadler CG67Nous sommes au "carreau Patris", à 650 mètres d'altitude sur un flanc de l'Altenberg, au-dessus de Sainte-Marie-aux-Mines. Selon le professeur Pierre Fluck de l'Université de Haute-Alsace qui dirige les fouilles, le secteur abrite "un site d'extraction médiévale de l'argent sans équivalent ailleurs en France", qui fut dès le Xe siècle l'un des plus florissants d'Europe, "d'une longévité exceptionnelle" de plus de sept siècles. De fait, plus de 1 150 entrées de mines, une vingtaine de fonderies médiévales et 55 fonderies du XVIe siècle ont été recensées dans le Val d'argent.

Les plus anciennes mines remontent à la fin des années 800. Difficile d'imaginer ces vallons, aujourd'hui verdoyants, entièrement déboisés par cette industrie très consommatrice en bois, parsemés de tas de minerais devant les entrées des galeries, baignant dans les fumées et vapeurs toxiques des fonderies.

Au XVIe siècle, des milliers de mineurs venus d'Europe centrale, notamment des Monts métallifères et du Harz en Allemagne, viendront s'installer dans la vallée, attirés par des conditions d'embauche très avantageuses pour l'époque. Ils bénéficiaient ainsi de salaires indépendants du rendement, d'une caisse de solidarité pour malades et invalides et étaient soumis à une justice propre à leur corporation...

Mais si cette époque de la Renaissance est très bien documentée, "on n'a retrouvé pratiquement aucun texte sur l'ère médiévale" et les techniques de l'époque, souligne Pierre Fluck. Celles-ci étaient certainement impressionnantes.

Quand on voit avec quelle précision les filons ont été décelés et exploités à l'époque, "on a le sentiment que les géologues modernes ont un peu perdu le sens de l'observation des anciens", estime l'archéologue, lui-même géologue de formation.

Alors qu'ils ne connaissaient rien de la chimie moderne, les fondeurs suscitaient déjà intuitivement des réactions complexes dans leurs fours pour purifier l'argent, comme en témoignent les coulées de scories, qui ressemblent à de la lave solidifiée, retrouvées au carreau Patris.

Les fouilles ont aussi permis de localiser, à quelques mètres sous terre, la galerie de la mine adjacente au carreau "Patris". Dans ce couloir souterrain long d'une cinquantaine de mètres, les archéologues ont notamment retrouvé une planche datant de 1014 après J.C.

Parmi les autres découvertes, de très beaux carreaux de poêle, ainsi qu'une coupelle de céramique utilisée par un "essayeur", ces experts chargés d'évaluer la teneur en métal précieux du minerai. Il n'existe que deux autres exemplaires de cet instrument rarissime en France, à la grande joie de son découvreur, l'étudiant Joseph Gauthier qui prépare une thèse sur le sujet.
Ce programme quinquennal de fouilles qui mobilise une quarantaine d'archéologues et d'étudiants s'achève dans deux ans. Mais comme souvent en archéologie, elles ont jusqu'ici "apporté plus d'énigmes que de réponses", philosophe Pierre Fluck.

Par Yann Ollivier (AFP)

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