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Prévenir la récidive des détenus: une marche de 700 km vers la liberté

Neuf détenus en fin de peine prendront le départ jeudi 14 août pour une marche "libératrice" d'un mois entre Verdun et Strasbourg, un parcours de 700 km encadré par les bénévoles d'une association alsacienne de réinsertion.

www.declicsolidarite.org"C'est un cheminement symbolique qui montre que la vie est difficile, -- que ça fait mal aux pieds --, mais que ce chemin conduit à la liberté", explique Brigitte d'Aranda, vice-présidente de l'association DECLIC (Demain ensemble sur les chemins de la liberté, de l'insertion et de la citoyenneté).

L'objectif est d'aider des détenus en instance de libération à réapprendre une vie en société, à se forger une force de caractère utile à leur retour dans la "vie normale" et à expérimenter l'entraide, l'autonomie et le respect de l'autre.

Les neuf volontaires, sélectionnés par l'administration pénitentiaire, les services sociaux et médicaux et la justice, ont tous en commun d'être jeunes (20 à 30 ans), libérables à la fin de la marche et d'avoir un profil psychologique compatible avec une vie de groupe (comportement non violent, non addictif).

"En outre, chacun devait avoir un projet de logement et de travail ou de formation pour son retour à la liberté, car cette marche n'a de sens que si elle sert de +sas+ entre la vie carcérale et la vie normale", selon la vice-présidente.

Seuls neuf détenus de la région pénitentiaire d'Alsace-Lorraine, tous emprisonnés à Oermingen (Bas-Rhin), ont répondu à ces critères et finalement reçu le feu vert du juge d'application des peines, "un comble alors que les prisons regorgent de monde", constate Mme d'Aranda.

L'association a choisi un parcours fortement symbolique qui passera par l'ossuaire de Douaumont et son monument dédié aux victimes de la Première guerre mondiale, la butte de Montsec et son cimetière américain, les champs militaires du Vieil-Armand, où 30.000 hommes ont péri pendant la Grande Guerre, ainsi que Schirmeck et le Struthof, deux camps d'internement et de concentration nazis en Alsace.

"Nous prendrons chaque fois le temps de visiter des sites, de discuter du drame de la guerre ou de la justice, mais aussi d'organiser des ateliers d'écriture, de travail artistique et de découverte de la nature", explique la vice-présidente. Un rendez-vous quotidien sera également organisé pour parler de ce qui va et de ce qui ne va pas.

Chaque volontaire s'est engagé, en signant le "règlement de la marche", à refuser toute violence verbale ou physique, à participer aux tâches communes comme la vaisselle, la cuisine, le nettoyage, et à renoncer à l'alcool, y compris le cidre, aux drogues et à l'usage du téléphone portable pendant la marche.

Hygiène et salubrité font aussi partie du règlement.

"Il s'agit de faire sortir les marcheurs de l'assistanat et de l'oisiveté qu'ils ont connus en prison et de leur faire connaître la logique de l'effort et de la participation à la vie quotidienne", explique Brigitte d'Aranda.

DECLIC est une association qui travaille en partenariat avec l'administration pénitentiaire et la justice. S'appuyant sur l'expérience acquise en la matière par l'association franc-comtoise Chemins de l'insertion et de la citoyenneté (ACIC), ses membres - magistrats, enseignants, assistantes sociales, infirmières, cadres du secteur administratif ou psychologues - sont convaincus qu'ils ont un rôle à jouer dans la réinsertion des détenus et que ces marches permettent de réduire notablement la récidive.

(Thérèse JAUFFRET-AFP)

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